Messieurs les Anglais tirez les premiers

La bataille de Fontenoy ou la guerre en dentelles

 

 

 

Si la bataille de Fontenoy a hérité de ce surprenant surnom, c’est vraisemblablement pour deux raisons assez différentes l’une de l’autre au premier abord. La première a trait à l’absence de bénéfices pour le Royaume de France, victorieux à Fontenoy et plus globalement de la campagne dans le plat pays, le traité de paix signé une fois la guerre terminée n’accordant aucun avantage territorial à la France, ce qui valut de nombreuses critiques à Louis XV et sa cour en dentelles.

 

 

 

La seconde, plus incertaine et plus originale, proviendrait d’un échange de bons mots entre officiers ennemis, entré dans la légende grâce à Voltaire. C’est le célèbre « Messieurs les Anglais, tirez les premiers. » Si la véracité de la citation ou même son interprétation réelle sont sujettes à caution, l’occasion est belle pour l’Histologue de revenir sur une des dernières victoires d’envergure de la monarchie et sur les thèses entourant cette citation illustrant si parfaitement cette désinvolture et cette élégance d’une noblesse prête à tomber sur les champs de bataille, mais uniquement en dentelles…

 

Le contexte de la bataille de Fontenoy

 

 

 

Comme souvent c’est une guerre de succession qui a jeté les armées européennes dans un sanglant conflit, en l’occurrence la mort de l’empereur d’Autriche Charles VI. Décidé à ne pas être en reste, Louis XV, allié à l’Irlande, a choisi d’envahir les Pays-Bas autrichiens (l’actuelle Belgique). L’armée de 47 000 hommes menée par le brillant Maréchal de Saxe a marché sans rencontrer de réelle résistance en terre ennemie jusqu’à menacer la place forte de Tournai.

 

 

 

La coalition ennemie, comprenant les Anglais, les Autrichiens, les Pays-Bas et quelques Allemands, a fini par réagir, dépêchant à Tournai une armée légèrement supérieure en nombre, vraisemblablement forte de 50 000 à 60 000 hommes d’après les estimations les plus fiables. Les Français, bien que moins nombreux, ont l’avantage du terrain étant parvenus sur place en premier ; ils ont pu se retrancher et utiliser habilement les caractéristiques du terrain. Cet avantage, couplé aux compétences incontestables du Maréchal de Saxe, se révélera déterminant.

 

Victoire française

 

 

 

La bataille débute le 11 mai 1745, sous les yeux de Louis XV et du dauphin, venus soutenir de leurs royales présences les forces françaises. La coalition ennemie, sous le commandement du rival de toujours l’Angleterre, se lance dans un violent assaut frontal après un intense déluge d’artillerie. Mais les troupes françaises, bien retranchées, n’ont dans un premier temps aucun mal à repousser l’assaillant, lui infligeant de sévères pertes.

 

 

 

Le Duc de Cumberland décide alors un changement de stratégie, concentrant ses forces en trois grosses colonnes, jetant dans la bataille, infanterie, cavalerie et artillerie. Ce fut quelques instants avant cet assaut frontal qu’eut lieu l’échange de politesse resté célèbre, mais nous y reviendrons. Si la violence de l’attaque déstabilisa dans un premier temps la résistance française, le Maréchal de Saxe profita du répit accordé à ses troupes situées de part et d’autre de la confrontation pour lancer deux contre-offensives sur les flancs des colonnes rivales. Une tactique payante, qui allait provoquer la débandade des Anglais et de leurs alliés, ceux-ci laissant sur le champ de bataille plus de dix mille morts !

 

Messieurs les Anglais, tirez les premiers

 

 

 

D’après Voltaire, dans Le Siècle de Louis XV, parvenus à quelques dizaines de pas des lignes françaises les officiers anglais s’avancèrent, saluèrent leurs ennemis, avant que le capitaine Lord Charles Hay portant un toast ne lançât « Messieurs des gardes françaises, tirez. » Ce à quoi le comte d’Auteroche aurait répondu : « Messieurs, nous ne tirerons jamais les premiers, tirez vous-mêmes », devenu « Messieurs les Anglais, tirez les premiers » !

 

 

 

Il convient de préciser à titre liminaire que rien n’atteste d’un tel échange hormis les écrits de Voltaire et éventuellement le récit de Lord Hay confirmant avoir bien bu à la santé des Français après avoir tancé avec élégance l’ennemi, sans pour autant évoquer cet échange de politesses sur qui devait faire feu en premier. La réalité de cette courtoisie verbale semble donc incertaine…

 

 

 

Néanmoins, les traités militaires en vigueur à l’époque donnent du sens à pareil assaut d’amabilité. Il était en effet admis qu’en cas de confrontation frontale, l’armée ayant tiré la première se serait retrouvée désarmée, les fusils utilisés alors nécessitant trop de temps pour être rechargés. Nulle courtoisie donc dans cet échange de politesses, mais un simple respect des règles de stratégie militaire. Il n’est pas impossible dès lors qu’un observateur peu au fait de cette tactique contre-nature l’ait interprété comme étant une forme d’étiquette. Les années passant, la légende a pu travestir la réalité avec quelques échanges verbaux imaginaires fort biens tournés. Un autre débat existe autour de l'emplacement de la virgule ! Entre "Messieurs, les Anglais. Tirez les premiers" et "Messieurs les Anglais , tirez les premiers", la différence est énorme, dans le premier cas l'officier ordonne (fort courtoisement) à ses hommes de faire feu, dans le second il invite Anglais à prendre l'initiative...

Conséquences

 

 

 

Il est probable que l’on ne saura jamais si la célèbre citation est réelle et si tel est le cas dans quelles circonstances et avec quel sens elle eut lieu, toutefois la bataille de Fontenoy eut d’autres conséquences, sensiblement plus importantes.

 

 

 

Elle confirma irrémédiablement le déclin de l’Autriche, de l’Espagne et des Pays-Bas, laissant l’Angleterre et la France dominer l’Europe ainsi qu’une grande partie de la planète. Elle ouvrit les portes des Pays-Bas espagnols aux armées françaises qui conquirent tout le territoire avant de le restituer intégralement lors de la signature du traité d’Aix-la-Chapelle en 1748 lors duquel Louis XV se présenta pourtant en vainqueur.

 

 

 

Si les commentaires de l’époque indiquèrent que le monarque aurait voulu se conduire en roi et non marchand, ce qui lui valut de très dures critiques de ses compatriotes ne comprenant pas pourquoi mener une guerre si meurtrière sans récompense, la vérité semble tout autre. Louis XV aurait en réalité compris que l’Angleterre n’aurait jamais toléré de voir sa puissante rivale occuper les riches Flandres, à quelques encablures de ses rives sud. La victoire de Fontenoy et la campagne victorieuse des Pays-Bas allaient apporter à la France paix et puissance pendant un demi-siècle, ce qui valait bien peut-être de laisser les Anglais tirer les premiers…

 

 

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