Louis XIII, grand roi, modeste réputation

Avec comme prédécesseur Henri IV et comme successeur le Roi Soleil, la place de Louis XIII (1601-1643) dans l'histoire de France est quelque peu éclipsée par les personnalités de ces deux monarques ayant marqué l'imagerie populaire.

 

Et pourtant, le règne de Louis le Treizième fut sans nul doute un modèle de pragmatisme, de justice, aux résultats certains pour la grandeur de la France et pour l'amélioration des conditions de vie de ses sujets. Le tout malgré une adversité diverse et nombreuse aussi bien à l'intérieur des frontières qu'à l'extérieur de celles-ci.

 

Ennemis à l'intérieur, ennemis à l'extérieur

 

Confronté à de nombreuses oppositions à l'intérieur du Royaume, Louis XIII n'eut de cesse de lutter contre celles-ci. Et pourtant la tache n'était pas simple car ses plus dangereux ennemis se situaient au sein même de sa famille avec sa mère comme chef de file.

 

La très controversée Catherine de Médicis n'hésita pas à prendre les armes pour s'opposer à son royal fils, imitée à plusieurs reprises par Gaston d'Orléans - frère et héritier du roi - qui tenta de fomenter plusieurs révoltes pour s'emparer du trône. Les Grands du Royaume essayèrent eux aussi de se débarrasser de ce roi décidé à rogner leurs nombreux privilèges. Parallèlement Louis XIII fut confronté à de multiples révoltes des protestants, qu'il dut réprimer parfois dans le sang, souvent avec le concours d'une habile diplomatie.

 

Quant à l'opposition extérieure, elle était principalement l’œuvre des Hasbourg qui régnaient à l'époque sur la moitié de l'Europe (Espagne, Pays-Bas, Saint Empire Romain Germanique, ainsi qu'une grande partie de l'Italie.) Une rivalité qui entrainera une guerre entre les deux pays les plus puissants du vieux continent.

 

Régner c'est gouverner

 

Les guerres civiles avec sa mère et son frère conclues victorieusement, le règne de Louis XIII fut marqué par de nombreux conflits avec les huguenots ou plus exactement avec la noblesse protestante prompte à se révolter. S'il n'hésita jamais à réprimer sévèrement les soulèvements, l’Édit de Nantes et la liberté de culte des protestants ne furent aucunement remis en question durant ses années sur le trône.

 

Louis XIII - bien que fervent catholique - était en effet respectueux des traités et du bien-être de sa population. A une époque où les monarques se souciaient principalement de chasser, guerroyer, de leur image dans la postérité et de s'offrir plaisirs et distractions, son unique préoccupation fut de gouverner efficacement la France.

 

L'indispensable Richelieu

 

Évoquer la gouvernance de Louis XIII ne peut être fait sans mettre en avant le Cardinal de Richelieu dont l’œuvre fut déterminante. Véritable premier ministre avant l'heure, il fut le père des nombreuses réformes administratives instaurées sous le règne de Louis XIII. Des mesures visant à limiter l'influence de la noblesse, améliorer le système administratif et les finances, développer l'infrastructure, pacifier le royaume, créer une indispensable marine de guerre pour lutter contre l'Espagne et permettre à la France d'exploiter ses colonies en train de naître.

 

Richelieu et Louis XIII avaient en commun une certaine idée de la France, déjà, et tout particulièrement de sa grandeur. Un objectif qui passait par une administration efficace, une économie prospère, des impôts rationalisés, mais aussi par des frontières bien défendues et un voisin et ennemi à la puissance contenue. Et ce voisin, c'était l'Espagne avec les héritiers de Charles Quint dont les possessions cernaient la France...

 

 

Les Hasbourg, l'ennemi d'une vie

 

Louis XIII avait beau être marié avec Anne d'Autriche, il voulait briser l'encerclement de la France. Pour cela, il lui fallut d'abord lutter contre sa propre famille, en premier lieu son épouse convaincue d'espionnage au profit de l'Espagne avant d'être graciée par le roi soucieux d'éviter un divorce, ou encore sa mère qu'il finira par définitivement congédier en 1630.

 

Dans un premier temps la France se contenta de soutenir les ennemis des Hasbourg - un choix paradoxal émanant d'un monarque catholique d'une grande piété - puisque les rivaux de ceux-ci étaient principalement des états protestants. En 1635, la guerre devint directe avec les Hasbourg, avec des combats menés sur deux fronts, contre l'Espagne et le Saint-Empire dans lequel Louis XIII n'hésita pas à s'engager personnellement ! Au terme d'une guerre longue et difficile, la France sortit vainqueur du conflit, occupant notamment la Catalogne, et signant surtout le glas de l'Espagne toute puissante.

 

Richelieu mort, Louis XIII nomma à sa place Mazarin continuant ainsi à confier l'administration du Royaume à un homme choisi en premier lieu pour ses compétences. Avec lui, il poursuivit deux années durant sa politique de réformes, administratives, sociales, économiques et militaires, avant de s'éteindre en mai 1643 à 41 ans, vraisemblablement victime de la maladie de Crohn qui l'avait fragilisé des années durant.

 

Bilan d'un règne éclairé

 

Malgré son caractère austère et sa mort relativement précoce, le bilan de Louis XIII est absolument remarquable. Sous son règne, la France devint la première puissance économique et militaire d'Europe, vit ses frontières s'agrandir avec la Catalogne, le Roussillon, la Lorraine, la Savoie, le Hainaut, sans oublier le Canada où se développa la Nouvelle France soutenue et approvisionnée par la Marine créée en quelques années. Dotée de nombreuses infrastructures (académies, universités, ports, routes, ponts, canaux d'irrigation et même de navigation fluviale), d'un système d'administration et monétaire efficaces (création du Louis d'or), la France connut sous Louis XIII une période de prospérité remarquable - malgré le coût élevé de la guerre contre l'Espagne - durant laquelle les arts et sciences purent se développer. Le pays fut aussi pacifié et les Grands mis au pas, même s'ils tentèrent une ultime Fronde menaçant le futur Louis XIV. Même les accomplissements critiquables à l'aune de notre humanisme contemporain, telle que l'autorisation de la traite négrière, contribuèrent à enrichir le royaume le dotant de villes portuaires prospères (Nantes, Bordeaux, Le Havre ou encore Marseille).

 

Personnalité réservée, austère, voire terne, d'une santé fragile, sans appétence pour la gente féminine ou les magnificences de cour, Louis XIII n'eut pas la flamboyance de son père et encore moins de son fils, mais il semble désormais acquis que le règne du Roi Soleil et les ors l'ayant accompagné - en premier lieu Versailles - n'auraient existé sans la clairvoyance politique de Louis le Treizième. Il est probable que cette rigueur, cette volonté centralisatrice, ce modernisme avant l'heure dénué de toute fantaisie ait contribué a en faire un anti-héros de la littérature romantique du XIXe siècle (on pense évidemment aux œuvres d'Alexandre Dumas), détériorant injustement un règne éclairé. 

 

 

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