Hastings la bataille des trois rois

La bataille d'Hastings en 1066 ne fut pas réellement la bataille des trois rois puisque seules les armées de Guillaume le Conquérant et de Harold Godwinson, roi d'Angleterre, y prirent part. Ce surnom n'est pas erroné pour autant, car quelques jours avant d'affronter les envahisseurs normands, le roi Harold avait dû livrer une terrible bataille contre les troupes de Harald, Roi de Norvège, qui venait d'envahir le nord de l'Angleterre.

 

Si l'issue de cet affrontement à trois est dans tous les livres d'histoire avec la victoire finale du Duc de Normandie, invité à régner sur le royaume, le déroulement des deux batailles et plus encore les conséquences de ce triple affrontement royal méritent quelques éclaircissements...

 

Un trône très convoité...

 

Successeur élu de Édouard le Confesseur, Harold doit faire face aux prétentions de deux dangereux rivaux : Harald, le viking, qui revendique la couronne en vertu d'un accord passé quelques décennies plus tôt, et Guillaume, le Normand, qui en tant que neveu du Confesseur estime le trône lui revenir de droit.

 

Les troupes de Harold sont les premières à débarquer dans le nord-est de l'île, infligeant une terrible déroute à l'armée des comtes Edwin de Mercie et Morcar de Northumbrie. Les Norvégiens occupent York et ses environs, commettant à cette occasion deux erreurs tragiques en divisant leurs effectifs et en se démunissant de leurs équipements de combats.

 

Surpris par l'avancée rapide d'une armée menée par Harold et par l'importance de celle-ci, les Vikings seront défaits au cours de la bataille de Stamford Bridge (immortalisée sur la toile de Peter Nicolai Arbo ci-dessus). Le relâchement des Norvégiens s'est avéré lourd de conséquences, car leurs effectifs estimés autour d'une quinzaine de milliers de guerriers étaient supérieurs en nombre - et en vaillance - aux forces du Roi Harold comptant au maximum 8 000 hommes. Disséminés dans tout le comté, surpris, sans armures, les Vikings - ainsi qu'Harald et son frère Tsotig - son impitoyablement poursuivis et massacrés. Moins de 3 000 survivants quittèrent l'Angleterre !

 

 

Double menace

 

En d'autres circonstances, le nouveau roi d'Angleterre aurait bénéficié d'une aura exceptionnelle après cette victoire contre un ennemi redoutable qui ravageait les côtes du pays depuis deux siècles, mais déjà se profile une nouvelle invasion dans le sud.

 

Guillaume, Duc de Normandie, vient en effet de débarquer dans le Sussex avec des effectifs variant selon les estimations entre 7 000 et 12 000 combattants. Harold doit alors entamer une marche forcée vers ce nouvel envahisseur avec les rescapés de la bataille de Hastings. Épuisés par un périple de plus de 300 kilomètres en huit jours, amputés d'une partie de l'armée laissée dans le nord du pays à disposition des comtes de Mercie et Northumbrie, les troupes de Harold sont sérieusement affaiblies malgré le renfort de soldats récupérés à Londres. Ce sont vraisemblablement 7 000 ou 8 000 hommes qui se dressent devant l'armée normande, sans cavalerie et avec une part importante de combattants peu aguerris

 

La bataille d'Hastings

 

Malgré tout Harold est parvenu à installer son armée au sommet d'une colline, sur un site protégeant ses flancs par des bois et des marais. Déployées en rang serré, avec les Housecarls (des troupes d'élites armés de longs boucliers et de haches meurtrières) constituant un mur infranchissable, les troupes anglaises bénéficient d'un réel avantage.

 

Le 14 octobre 1066, les Normands se lancent à l'assaut de ce mur infranchissable. Malgré le déploiement de nombreux archers (dont les flèches se brisent contre les lourds boucliers) et des chevaliers, le rempart anglo-saxon résiste vaillamment. Bien au contraire, ce sont les troupes de Guillaume qui reculent après avoir subi de nombreuses pertes. Un repli qui tourne même à la débandade avec la rumeur de sa mort.

 

Guillaume devint le Conquérant

 

Une rumeur évidemment infondée, le Conquérant laisse apparaître son visage et harangue ses hommes pour qu'ils retournent au combat. Il convient néanmoins de préciser que certains historiens estiment qu'il s'agissait d'une ruse pour inciter les troupes anglaises à abandonner leurs positions afin de se lancer à la poursuite des Normands en déroute.

 

Ruse ou concours de circonstances, le résultat est le même. Le mur anglais fissuré, le combat s'équilibre, s'étirant sur une journée avec des cadavres jonchant le champ de bataille par milliers. Épuisés par leur périple à marche forcée et la bataille de Stamford Bridge, décimés par une cavalerie meurtrière, les Anglais sont acculés lorsque le bruit de la mort de Harold traverse leurs lignes. C'est désormais l'hallali ; les survivants tentent de fuir et sont impitoyablement occis par les soldats de Guillaume. Au soir du 14 octobre 1066, l'Angleterre est désormais sans défense et la couronne promise au Conquérant. Malgré quelques tentatives désordonnées pour lever une armée (anéantie à Southwark) et une résistance sporadique une décennie durant, la route de Londres est libre. Guillaume le Conquérant est couronné Roi d'Angleterre le 25 décembre.

 

Hypothèses et conséquences

 

Il convient en premier lieu de mettre en avant un aspect très particulier de cette triple confrontation. La couronne est revenue à Guillaume... qui avait vraisemblablement l'armée la plus faible... alors qu'Harald - pourtant défait le premier - était sans nul doute le plus puissant des trois !


Mais le fait d'être surpris par les Anglais après sa victoire initiale l'a empêché de livrer bataille avec toute la puissance de son armée, laissant la victoire à Harold. Quant à ce dernier, s'il n'avait pas perdu une partie de son armée à Stamford, laissé une autre en garnison à York, et si ses forces ne s'étaient pas épuisées à couvrir à marche forcée les 320 kilomètres séparant Stamford de Hastings, le rapport de force aurait sans doute était inversé...

 

Les conséquences de ce dénouement inattendu furent tout sauf anecdotiques, sonnant notamment la fin des invasions vikings. Terriblement diminués après cette sanglante défaite, confrontés à des villes côtières désormais fortifiées, ces redoutables combattants allèrent progressivement laisser leurs drakkars à quai.

 

En ce qui concerne la victoire de Guillaume et sa montée sur le trône de la perfide Albion, les conséquences sont connues. Ce sera le point de départ de liens de sang entre les monarchies françaises et anglaises générant de nombreuses guerres, dont la plus célèbre qui durera cent ans...

 

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