On est toujours sans nouvelles de La Pérouse

Deux cent vingt-huit ans après la disparition de son expédition, on est toujours sans nouvelles du Comte de la Pérouse. Ce brillant navigateur, militaire habile, meneur d'hommes humaniste, scientifique curieux, a mené l'une des aventures maritimes les plus accomplies du XVIIIe siècle avant de disparaître en mer dans des circonstances encore relativement floues.

 

Assez étrangement, lorsque l'on invite une personne à citer un point positif du règne de Louis XVI, c'est très souvent le nom de La Pérouse, preuve de l'importance de l'héritage laissé par le commandant de l'Astrobale et la Boussole. Alors que le marin s'était d'abord illustré par ses faits d'armes militaires dans le monde à feux et à sang de la guerre de sept ans, l'Europe entière, anciens ennemis compris, se lança à la recherche du gentilhomme et ses hommes.

 

Un terrien devenu marin

 

Rien ne prédisposait le jeune Jean-François Galup, comte de la Pérouse, à devenir l'un des plus brillants marins de sa génération. Né à Albi dans une famille noble s'étant d'avantage illustrée dans les combats terrestres que sur les océans, La Pérouse est pourtant rentré à 15 ans dans le corps des Gardes de la Marine à Brest, bien loin de ses racines.

 

Bien lui en prit puisqu'il devint un officier de grande valeur, s'illustrant tout d'abord en tant qu'enseigne durant la sanglante campagne de la Guerre de sept ans, avant de prendre avec succès ses premiers commandements lors de la Guerre d'Indépendance américaine. Sept ans durant, il va accumuler aux commandes des différents bâtiments qui lui seront confiés, de brillantes victoires, d'audacieux coups de mains et quelques exemples de navigation parfaitement maîtrisée qui contribuèrent à en faire une valeur montante de la marine française. Son comportement exemplaire avec les ennemis capturés ou en perdition lui assurèrent parallèlement une réputation méritée aussi bien chez les alliés de la France que chez ses ennemis, notamment britanniques.

 

Un militaire devenu explorateur

 

Des qualités qui le firent logiquement remarquer par Louis XVI et ses conseillers ! Le monarque d'avantage intéressé par l'exploration du globe que par les affaires militaires fut immédiatement séduit par la personnalité de Monsieur de La Pérouse, dont les qualités de marin, de meneur d'hommes et plus encore celles humaines, lui valurent de se voir confier le commandement d'une importante mission d'exploration.

 

Pour cette expédition d'exploration du Pacifique visant à compléter les découvertes de James Cook, La Pérouse se voit élever au rang de Brigadier des armées navales, mais plus important reçoit deux vaisseaux de qualité : l'Astrobale et la Boussole, deux magnifiques frégates préparées avec soin pour les besoins de la mission.

 

Une expédition aux moyens spectaculaires

 

112 hommes s'embarquent sur la Boussole et 114 sur l'Astrobale dont le commandement est confié à Paul-Antoine Fleuriot de Langle. Un géologue, deux naturalistes, un météorologue un chirurgien de renom, plusieurs artistes, des interprètes, sont du nombre de ce qui s'impose comme une aventure nationale. Pour nourrir tout ce beau monde, chaque navire emporte trois années de vivre, ce qui représente au total près de 700 tonneaux.

 

Le 1er août 1785, les deux frégates prennent la rade de Brest sous les acclamations d'une foule immense. La première partie du voyage avec la descente de l'Atlantique se déroule dans des conditions idéales, même le passage du redoutable Cap Horn en janvier 1786 se révèle une formalité. Le 24 février 1786, l'expédition fait escale à La Conception (actuel Chili). Le 10 avril, l'équipage débarque sur l'île de Pâques, dressant les premières cartes précises de l'île.

 

Exploration du Pacifique

 

Pendant deux années, La Pérouse et ses équipages vont sillonner le Pacifique d'Est en Ouest et du Sud au Nord. Tout d'abord l'Alaska, puis le Canada avant de traverser l'océan jusqu'à Macao atteint le 3 janvier. L'expédition explore la Mer de Chine jusqu'aux Philippines remonte le long de la Chine, puis de la Russie avant de découvrir le passage entre Hokkaido et Sakhaline. Il est non seulement le premier occidental à naviguer entre la Chine et le Japon, mais il laissera son nom au détroit entre les deux îles. Le 6 septembre 1787 - après 25 mois de navigation - l'Astrobale et la Boussole font escale à l'extrémité sud de la péninsule du Kamtchatka.

 

Au cours de cet exceptionnel périple, d'inestimables observations sont réalisées par les scientifiques présents. La cohabitation d'autant d'hommes, certains tels les officiers et les scientifiques nantis d’égos importants, n'est pourtant pas toujours simple, surtout que La Pérouse est le destinataire unique de nombreux hommages à chaque escale ce qui provoque certains remous, il n'hésitera pas d'ailleurs à mettre temporairement aux fers quelques contestataires trop virulents parmi lesquels le botaniste Robert de Lamanon. Malgré tout l'expédition se poursuit, des cartes d'une précision inégalée sont dressées, des relevés topographiques et hydrographiques sont effectués, des études biologiques, ethnologiques, animalières sont réalisées. Le jeune interprète au nom bientôt célèbre de Lesseps débarque en Sibérie avec toute cette précieuse documentation à destination de la France qui constituera une mine d'informations d'une inestimable valeur !

 

L'épilogue dans le Pacifique Sud

 

La précieuse cargaison débarquée, La Pérouse cingle vers le Pacifique Sud pour ce qui aujourd'hui serait une croisière de rêve...


Malheureusement l'arrivée dans les mers australes débute sous de sombres auspices, une douzaine d'hommes est massacrée par les autochtones sur une des îles de l'archipel des Tonga lors d'une mission de ravitaillement, parmi lesquels le précieux de Langle et le botaniste de Lamanon !

 

Les navires quittent les Tonga et font alors voile vers l'Australie, atteinte le 26 janvier 1788. Après deux mois passés sur l'île-continent, La Pérouse repart en destination du nord-est. C'est la dernière fois que La Pérouse et son équipage furent aperçus... Alors qu'ils naviguaient à proximité de Vanikoro, les deux vaisseaux furent, semble-t-il, pris dans un violent typhon.

 

La Pérouse a disparu

 

Dès le mois de juin 1788, on est sans nouvelles de La Pérouse. Malgré la révolution, de nombreux Français, et tout particulièrement le premier d'entre eux Louis XVI, se passionnent pour les aventures du célèbre marin. Une expédition de recherche et de secours est armée en 1791 ; la Recherche et l'Espérance commandés par l'amiral d'Entrecasteaux auront beau sillonner le Pacifique Sud, aucune trace de La Pérouse et ses hommes ne sera découverte.

 

D'autres missions de recherche seront lancées, notamment par les Anglais, mais il faudra attendre 1827 et les découvertes d'un explorateur nommé Peter Dillon pour avoir le fin mot de cette sombre histoire. Les deux navires s'étaient en effet abimés, une nuit de grande tempête, le long de l'île de Vanikoro, l'un sombrant corps et biens, l'autre s'échouant sur les récifs. Une partie de son équipage avait survécu un certain temps sur l'île, le temps pour un groupe de construire un radeau pour tenter de rejoindre la civilisation. Si de ceux-ci l'on eut jamais de nouvelles, on sait que les autres survécurent sur l'île parmi les indigènes de nombreuses années. Le dernier survivant se serait éteint quelques mois avant l'arrivée de Dillon...

 

On ne sait quel fut le destin de La Pérouse. Avait-il seulement survécu au naufrage ? A-t-il fait partie des survivants s'étant embarqués sur le radeau de fortune, ce qui aurait correspondu à son dévouement ? Toujours est-il que l'héritage né de son expédition fut considérable, aussi bien au niveau de la médecine (notamment par les avancées contre le scorbut dans la continuité de Cook), dans la connaissance de la planète, de ses populations, de la faune et de la flore, ou encore dans les techniques de navigation...

 

L'infortuné Louis XVI ne connut jamais le dénouement des aventures de La Pérouse, ce n'était pourtant pas faute de s'en préoccuper. Sa dernière requête quelques instants avant d'être guillotiné ne fut-elle pas de demander "A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ?"

 

 

 En hommage à Olivier et Valérie, navigateurs et aventuriers du XXIe siècle...

 

 

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