L'incroyable épopée d'Hannibal

Avant lui, il y eut Alexandre le Grand ou encore Pyrrhus, néanmoins Hannibal Barca est peut-être le premier grand stratège de l'histoire.

 

L'homme qui a fait vaciller Rome une décennie durant était à la fois un général brillant capable d'élaborer des tactiques remarquables lui ayant plusieurs fois permis de dominer des adversaires supérieurs en nombre, mais aussi un fantastique logisticien dont le trait de génie principal fut d'acheminer une armée gigantesque du Sud de l'Espagne jusqu'aux portes de Rome tout en assurant son approvisionnement en terres ennemies durant plusieurs années !

 

Hérédité et précocité

 

Si Hannibal fut nommé général en chef de l'armée à seulement 25 ans par le gouvernement oligarchique de Carthage, il le doit autant à la prestigieuse carrière militaire de son père, Hamilcar, qu'à ses propres talents.

 

Dans la foulée de sa nomination, le jeune officier est chargé de consolider les possessions carthaginoises en Espagne. Un traité avec Rome a en effet concédé le sud de la péninsule à l'antique cité, l'Ebre constituant la frontière avec les territoires sous influence latine. Durant deux années, Hannibal résorbe les derniers nœuds de résistance, montrant à cette occasion des qualités de stratège et de meneur d'hommes qui lui permettent dès lors de bénéficier d'une confiance et d'un dévouement absolus de ses troupes.

 

Deuxième guerre punique

 

C'est justement l’annihilation des dernières résistances au sud de l'Ebre et notamment la prise de la ville de Sagonte qui provoque le début de la deuxième guerre punique.

 

Il n'est pas impossible qu'en choisissant de conquérir la cité, alliée de Rome bien que située au sud de l'Ebre, Hannibal ait sciemment franchi son "Rubicon". L'héritage de son père, farouche ennemi de Rome, n'étant certainement étranger à cette décision risquée, s'apparentant à un casus belli, offrant l'opportunité à Carthage et Hannibal de prendre leur revanche après la perte du premier conflit entre les deux puissantes cités vingt ans plus tôt.

 

L'incroyable odyssée d'Hannibal

 

La première guerre punique ayant consacré la supériorité navale des Romains, Hannibal rassemble une immense armée dans le sud de l'Espagne avec laquelle il prévoit de marcher jusqu'à Rome après avoir traversé la moitié de l'Europe et franchi les Pyrénées et les Alpes !

 

Selon Tite-Live, 90 000 fantassins, 12 000 cavaliers et 37 éléphants de guerre composent cette formidable armada qui s'ébranle en 218 avant J-C ; des chiffres qui pour une fois dans le récit antique semblent totalement réalistes. L'importance des effectifs s'expliquent par de longs et discrets préparatifs du jeune général qui avait anticipé la guerre dès les premiers mois de son affectation.

 

La remontée de l'Espagne se déroule sans réelles difficultés, Hannibal en profitant pour soumettre les villes et tribus sur son passage, laissant régulièrement des troupes sur place pour s'assurer de la fidélité des populations locales et de la sécurité des routes de ravitaillement.

 

Un exploit logistique

 

Les Pyrénées, la Provence et le Rhône franchis sans encombres, avec le soutien des tribus gauloises qui voient d'un bon œil la menace sur son envahissante voisine latine, l'armée d'Hannibal se retrouve au pied des Alpes.

 

Malgré les (modestes) renforts envoyés par Carthage et les ralliements de guerriers ibères et gaulois, les effectifs de l'armée ont diminué, amputés par les troupes laissées en garnison, les maladies, les défections, les victimes lors des différentes accrochages. Les estimations varient, mais ce sont à peine 50 000 hommes qui s’apprêtent à franchir les Alpes sous les premières neiges d'octobre...

 

Malgré de nombreuses recherches, le trajet suivi par Hannibal reste inconnu ; on sait seulement que le jeune général dût faire preuve d'exceptionnelles compétences logistiques pour assurer le ravitaillement et permettre à son armada de rallier la plaine du Pô. Le prix à payer a néanmoins été énorme, des milliers d'hommes ayant péri. Quant aux éléphants, il n'en reste qu'entre un et trois d'après les différentes sources. Hannibal lui-même a versé son écot, perdant un œil lors du périple.

 

La conquête de l'Italie

 

Les difficultés ne s'arrêtent pas avec le passage des Alpes, les troupes carthaginoises doivent plusieurs fois livrer bataille contre les tribus locales et bientôt contre les premières légions envoyées par Rome. Malgré des effectifs inférieurs et épuisés, Hannibal défait les armées romaines, grâce à son génie militaire et la supériorité de sa cavalerie.

 

Les deux victoires remportées sur Rome entrainent le ralliement de nombreux Gaulois et Ligures, permettant à son armée de retrouver des effectifs plus conséquents.

 

A marche forcée, l'armée d'Hannibal poursuit sa progression vers le sud de l'Italie, remportant une troisième victoire en Toscane. Rome n'a plus les moyens militaires de confrontations frontales, mais dans le même temps, Hannibal - dont l'armée est décimée - n'a ni les effectifs ni le matériel nécessaire à la prise de Rome, défendue par de puissantes fortifications.

 

Dès lors, Romains et Carthaginois vont jouer au chat et à la souris, refusant tour à tour les batailles frontales. Les Latins tentent de limiter les déplacements d'Hannibal en postant sur ses flancs de nombreuses troupes, tandis qu'Hannibal fait preuve d'une habilité stratégique impressionnante pour faire apparaître son armée là où Rome ne l'attend pas.

 

Politique, diplomatie et enlisement


Habile politique, Hannibal sait que Rome ne peut se satisfaire longtemps d'une stratégie défensive contraire à son sens de l'honneur alors qu'une armée ennemie dévaste ses terres. Le calcul est bon, après quelques mois d'atermoiements, une immense armée de 100 000 hommes est levée.

 

L'affrontement a lieu à Cannes dans le sud de l'Italie ; il reste comme une merveille de stratégie militaire. Avec moitié moins de soldats, Hannibal réussit une manœuvre d'encerclement d'école, sa cavalerie parvenant à contourner les flancs romains pour décimer les arrières de la gigantesque armée. Rome subit la plus cuisante défaite de son histoire avec des pertes évaluées à plusieurs dizaines de milliers de morts.

 

Vainqueur, mais incapable de prendre Rome, Hannibal erre dans la péninsule transalpine. Il tente de nouer diverses alliances avec des ennemis de Rome et d'obtenir des renforts auprès de Carthage, mais quelque soit l'option, la maîtrise des mers de la flotte latine interdit tout débarquement d'armées de renfort. De son côté Rome se démène aussi sur le terrain diplomatique, tout en élargissant le conflit sur de nouveaux théâtres d'opération (Espagne,  Sicile, Malte et bientôt Afrique du Nord.)

 

L'enlisement est total, les Carthaginois s'emparent d'une ville, les Romains la reprennent . Treize années durant, Hannibal occupe l'Italie avec des troupes de plus en plus faibles. Mais Carthage de dispose ni de la puissance suffisante ni d'autres généraux de cette valeur pour résister à sa puissante rivale, l'Hispanie est perdue, les possessions puniques se réduisent comme peau de chagrin et le redoutable Scipion débarque sur les côtes africaines. En 205 avant JC, Hannibal est contraint de quitter l'Italie pour tenter de sauver Carthage.

 

Tragique dénouement

 

La situation à changé, à Carthage partisans de la paix et de la guerre s'affrontent. Ces derniers ne l'emportent que grâce au retour d'Hannibal.

 

En 202 avant JC, l'ultime bataille a lieu à Zama, pour la première fois Carthage a l'avantage du nombre, mais Scipion (buste ci-contre), qui n'est pas encore l'Africain, est autrement plus habile que les Généraux affrontés jusqu'alors par Hannibal. Il bénéficie de plus d'une cavalerie redoutable apportée par son allier numide Massinissa, ennemi historique des Carthaginois.

 

La bataille est une déroute pour Carthage, Hannibal tente à nouveau une stratégie d'encerclement similaire à celle utilisée à Cannes, mais les Romains savent désormais comment la contrer  et bénéficient d'une cavalerie infiniment supérieure. Si l'armée d'Hannibal compte près de 80 000 hommes, une grande partie est composée de mercenaires peu motivés et de troupes levées à la va-vite. 40 000 hommes sont massacrés alors que les Romains ne déplorent qu'un gros millier de victimes.

 

Carthage doit accepter une paix aux conditions drastiques dont elle ne se relèvera jamais véritablement. Après une carrière politique avisée - trop peut-être car elle poussera ses ennemis à obtenir son exil - le brillant stratège offrira ses services à divers roitelets d'Asie Mineure avant de choisir le suicide à 63 ans - malade et usé par de longues années de campagne - pour éviter d'être livré à Rome par le perfide Prusias.

 

Aujourd'hui encore, les stratégies imaginées par Hannibal, que ce soient le franchissement des Alpes, ses batailles victorieuses avec des armées bien inférieures en nombre ou encore son génie des tactiques d'encerclement matérialisé notamment à Cannes, continuent à être enseignées dans les écoles militaires. Quant à savoir comment il a pu se maintenir 15 ans durant sur les terres de l'empire le plus puissant de l'époque, cerné par de puissantes armées, sans recevoir de véritable soutien de la part de Carthage avec des troupes cosmopolites recrutées ça et là, cela reste toujours une des plus grandes énigmes de l'histoire militaire !

 

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