Le grand siège de Malte

Au XVIe siècle, la Méditerranée est le théâtre de violents affrontements entre les Turcs et l'Espagne de Charles Quint et Philippe II au faîte de sa puissance.

 

Point névralgique au cœur de la Méditerranée, l'île de Malte a été donnée comme fief aux Chevaliers de l'Ordre de Jérusalem par Charles Quint en 1530. Expulsés de Rhodes quelques années plus tôt, en 1522, les chevaliers se sont fait les défenseurs de la Chrétienté, piratant, pillant, razziant, ils constituent désormais une épine désagréable pour Soliman le magnifique et ses velléités d'expansion.

 

La décision est donc prise de s'emparer de l'île, afin de préparer l'invasion de la Sicile et dans un même mouvement de mettre un terme à l'activité des redoutables galères de l'Ordre qui n'en finissent plus d’arraisonner les navires ottomans. Une gigantesque armada - pour l'époque - est constituée sous les ordres de Mustapha Pacha pour l'armée et de Piyale Pacha pour la marine qui regroupe de 200 navires de guerre. Et encore, les difficultés à ravitailler une troupe plus importante sur cette île aride a contraint la Sublime Porte à limiter le nombre de soldats.

 

Des forces disproportionnées

 

Le 18 mai 1565, les navires turcs arrivent en vue de l'archipel et commencent à débarquer leurs troupes. Ce sont plus de trente milles hommes qui prennent pied sur l'île, principalement des forces d'élite avec les redoutables janissaires, appuyés par une artillerie aussi imposante qu'efficace.

 

Le grand maître de l'Ordre, le chevalier français La Valette qui a été informé des intentions turques, n'est pas respecté inactif. Il a fait renforcer les défenses de l'île et notamment les forts qui bordent la baie, tenté de recruter autant de renforts que possible, stocké armes et munitions et dépêché un émissaire auprès du vice-roi de Sicile.

 

Malgré tout ses effectifs se limitent à 600 chevaliers, un peu plus de 1 000 mercenaires, 4 000 soldats de la milice maltaise, une poignée de marins et quelques centaines de galériens à qui l'affranchissement a été promis. Soit un peu plus de 7 000 hommes dont moins de la moitié sont des soldats professionnels.

 

Une seule solutions s'impose aux Chevaliers de l'Ordre : se replier derrière les fortifications et attendre des renforts ou l'épuisement adverse.

 

Une résistance héroïque

 

La bataille commence le 24 mai avec l'assaut du Fort Saint-Elme qui commande l'entrée de la baie et de la rade, dont la prise est indispensable pour permettre le mouillage de la flotte turque.

 

Un peu plus de 600 hommes sont protégés à l'intérieur des imposantes murailles de l'édifice. Durant plus d'un mois, ils vont subir bombardements incessants et assauts quotidiens des assaillants. La Valette enverra aussi longtemps que possible des renforts, avant que toute communication ne soit définitivement coupée. Face à l'armada ottomane, les chevaliers résistent pourtant héroïquement jusqu'au 23 juin, date à laquelle le fort tombe. 1 500 résistants ont péri durant le siège, mais les Turcs ont perdu plusieurs milliers de soldats, un temps précieux et une inébranlable confiance en leur supériorité.

 

En représailles face à une telle résistance, les Ottomans hissent les cadavres mutilés et décapités des victimes sur les créneaux de la forteresse en ruine...

 

Saint-Elme pris, Mustapha Pacha se lance à l'assaut de Birgu et Senglea, les deux péninsules dans lesquelles sont retranchées le gros des forces chrétiennes. Plus de cent canons crachent des tonnes de plomb sur les défenseurs. Mais ceux-ci ont reçu quelques chiches renforts du vice-roi de Sicile ; ils sont de plus bien abrités par les forteresses et la position naturelle des lieux et ne manquent ni d'eaux ni de vivres, au contraire des assaillants. Les sources ont en effet été empoisonnées et la cavalerie retranchée à Mdina au centre de de l'île mène d'audacieuses attaques contre les soldats turcs en quête de ravitaillement.

 

Situation rare dans l'histoire d'un siège... le temps joue en faveur des assiégés.

 

La bataille décisive

 

A partir du 5 juillet, les Turcs, qui ont reçu le renfort de plus de 2 000 combattants en provenance d'Alger, engagent des assauts quotidiens, parfois même nocturnes.

 

Chaque jour la bataille fait rage, l'artillerie ottomane pilonne les positions maltaises, les assauts sont multiples, menés de manière combinée par la mer et sur la terre ferme.

 

Les combats sont d'une violence inouïe, maintes fois une brèche apparaît dans les murs, maintes fois les chevaliers se battent au corps-à-corps à un contre dix. Mais Saint-Ange et Saint-Michel tiennent.

 

Les pertes sont terribles des deux côtés, Mustapha Pacha a perdu des milliers d'hommes, tandis que La Valette commence à dramatiquement manquer de soldats valides. Pourtant c'est le premier qui cède. Devant l'hécatombe l'état-major ottoman décide de changer de stratégie et d'opter pour un bombardement incessant des murailles qui défendent l'accès aux deux presqu'iles.

 

C'est un répit de courte durée pour les défenseurs ; La Valette sait que si les remparts tombent, la poignée de combattants valides qu'il lui reste sera bien insuffisante pour tenir. Et ce ne sont pas les troupes de fortune levées parmi la population civile avec promesse de vie éternelle offerte par le clergé qui seront de taille à lutter contre les janissaires...

 

La victoire

 

Si les généraux de Soliman ont décidé de réduire la fréquence de leurs assauts, ils n'ont pas renoncé à en porter de décisifs.

 

Un premier mené le 2 août n'est repoussé qu'au prix de combats acharnés, celui du 7 août est terrible, les hommes se livrent une lutte mortelle dans les amas de cailloux de ce qui fut une forteresse. On entend le bruit des canons à Syracuse en Sicile. Alors que la résistance est en passe de céder, les hommes de Mustapha Pacha abandonnent soudain la bataille !

 

La cavalerie basée à Mdina vient en effet d'attaquer le camp ottoman, faisant craindre l'arrivée des troupes espagnoles au commandement turc qui a ordonné un rapide repli. Le coup de main audacieux de quelques dizaines de cavaliers sur un campement peu défendu a causé de terribles dommages dans les réserves des assaillants.

 

L'assaut des 18, 19 et 20 août n'en sera que plus violent. Mustapha Pacha a juré la destruction de toute résistance. Les murailles sont minées, des brèches sont ouvertes. La Valette lui même se lance dans la bataille - il sera d'ailleurs blessé. Malgré des combats d'une violence absolue, les chevaliers, bien aidés par une population héroïque, vont tenir !

 

Les Maltais ont fait preuve d'un courage immense, n'hésitant pas à combattre au couteau alors que femmes et enfants participent à la bataille sur les remparts. Une contribution essentielle sans laquelle l'issue de la bataille aurait été tout autre...

 


La fin des combats

 

Les Turcs ont perdu plus de 15 000 hommes, dont de nombreuses troupes d'élite, ils manquent de poudre, de nombreux canons sont inutilisables à force de trop servir. La dysenterie se fait sentir.

 

Les généraux ne sont pas d'accord sur la stratégie à employer, certains préconisent de prendre Mdina pour s'emparer des réserves stockées, mais la géniale inspiration du commandant de la place qui a fait poster sur les murailles les civils vêtus et casqués d'acier fait hésiter les Trucs.

 

Quelques assauts sont encore menés sur Birgu et Senglea, mais le moral n'y est plus.

 

Mais le 7 septembre, l'armée de secours promise par le vice-roi a - enfin débarqué. Elle ne compte que 6 000 hommes, mais ce sont des tercios, les redoutables fantassins espagnols. Une dernière bataille est menée, les Turcs ayant surestimé l'importance de l'armée lui ont laissé le temps de débarquer tranquillement. Entre les 9 000 soldats ottomans, fatigués, démoralisés - souvent des effectifs de moindre qualité - et les combattants frais, le combat tourne rapidement à l'avantage des Espagnols.

 

C'est la débandade et les assaillants quittent définitivement Malte le 8 septembre.

 

Les Turcs ont perdu près de 30 000 hommes dans la bataille, les forces de La Valette comptent 10 000 morts ! A la fin des combats, il ne disposait plus que de 600 hommes valides...

 

Cette défaite ottomane, conjuguée à celle de Lepante cinq ans plus tard, mettra un terme à l’expansionnisme de la Sublime porte en Méditerranée. Quant aux chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean, auréolés d'un prestige immense après cette victoire héroïque, ils ne manqueront ni de vocations ni d'argent pour reconstruire les défenses abattues, en construisant une nouvelle place forte, nommée quelques années plus tard La Valette...

 

 

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