Galilée tournait rond

Lorsque l'on parle de Galilée, la majorité des gens cite généralement la célèbre citation "Et pourtant elle tourne" prononcée après que l'astronome avait été contraint d'abjurer ses théories devant l'inquisition. Une belle histoire, bien qu'en réalité cette phrase soit vraisemblablement apocryphe, ou en tous cas largement postérieure à son procès.

 

Il est ainsi surprenant que l'un des esprits les plus brillants de la Renaissance soit rentré dans la postérité grâce à une phrase n'ayant pas été prononcée, alors que ses multiples découvertes - parfois empiriques et approximatives faut-il préciser - sont méconnues du plus grand nombre, exceptées bien sûr ses découvertes sur l'héliocentrisme - le fait que la terre tourne autour du soleil.

 

L'explication tient peut-être dans la personnalité contrastée de l'Italien et dans le foisonnement, typique de l'époque, de ses travaux, découvertes et ouvrages. Car si Galilée fut un scientifique visionnaire, il fut aussi un spécialiste de la polémique...

 

La lunette de Galilée

 

Bien avant de tenter de démontrer et faire accepter les thèses de Copernic sur la rotation de la terre et des planètes autour du soleil, Galileo Galilei s'était déjà illustré comme un brillant scientifique, un touche à tout de génie comme cette période de l'histoire en compte quelques uns.

 

Ce mathématicien avait par exemple théorisé le principe de la cycloïde à peine sorti de l'adolescence, avant de s'essayer à la balistique (démontrant par exemple qu'un canon devait être orienté à 45° pour expédier son projectile à la distance maximale). Si ses travaux sur les pendules et les oscillations liés à la rotation terrestre réalisés à 19 ans constituèrent là aussi des théories remarquées à la fin du VXIe siècle, c'est bien évidemment l'invention de la lunette astronomique - rapidement surnommée la lunette de Galilée - qui fit de lui une célébrité.

 

L'Italien s'était certes inspiré de travaux réalisés peu de temps auparavant en France et aux Pays-Bas, pays dans lesquels apparut la première lunette grossissante, mais celle-ci ne grossissait les objets observés qu'à peine sept fois et au prix de déformations grossières. La lunette conçue  par Galilée grossissait elle jusqu'à trente fois avec des déformations tout à fait acceptables.

 

Il convient néanmoins de préciser que le Transalpin ne maîtrisait que peu les techniques de fabrication optique, sur la soixantaine de lunettes réalisées par ses soins l'immense majorité de celles-ci n'aurait pas permis de trouver la lune une nuit d'été...

 

Génie, polémiste, bricoleur...

 

Car Galilée ne fait pas toujours preuve d'une rigueur scientifique absolue lorsqu'il s'agit de démontrer un concept ou fabriquer un nouvel objet. Il continue néanmoins de concevoir des réalisations surprenantes, pulsomètre pour mesurer le pouls, règle à calculs, thermomètre de Galilée, balance hydrostatique, compas de précision, n'hésitant pas à commercialiser nombreuses de ces conceptions pour répondre à ses incessants besoins d'argent.

 

Des travaux et des réalisations qui le rendent tout d'abord populaire auprès des scientifiques, des religieux et des puissants, lui valant notamment le soutien du futur Urbain VIII ou de Cosme II de Toscane. Malheureusement pour lui (mais heureusement pour la science), Galilée va se lancer corps et âme dans l'astronomie, se faisant le défenseur acharné - et pas toujours modéré - des thèses coperniciennes, s'opposant alors frontalement à l'église.

 

Copernic ou Ptolémée ?

 

Ce qui fut reproché à Galilée, ce ne fut pas tant d'être un partisan de l'héliocentrisme, la théorie de Copernic était déjà partagée par de nombreuses personnes - y compris au sein du clergé - tout comme le principe de la rotation terrestre, mais de l'avoir fait en ridiculisant ses adversaires.

 

A titre d'exemple, Galilée fut soumis à deux procès diligentés par l'inquisition, le premier en février 1616 ne donna lieu à aucune condamnation, mais à la simple préconisation de devoir présenter ses théories comme une hypothèse. On est donc loin d'une absolue intransigeance des autorités religieuses !

 

Le deuxième procès - qui est resté dans l'histoire - eut des conséquences autrement plus importantes. En cause un ouvrage publié par l'Italien en 1632, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, dans lequel le scientifique est censé présenter de façon neutre les avantages et inconvénients de chacune des deux théories. Deux choses lui sont principalement reprochées : avoir dupé le Saint Office en ayant présenté une version incomplète de l'ouvrage afin de bénéficier de l'Imprimatur et plus encore avoir raillé le concept du géocentrisme... et ses partisans. Galilée a en effet construit son œuvre sur un dialogue entre trois personnes avec comme défenseur des thèses de Ptolémée un dénommé Simplicio se caractérisant par son peu d'intelligence et des questions d'une absolue stupidité.

 

C'en fut trop pour l’Église qui décida de poursuivre l'auteur de ce pamphlet, Urbain VIII, désormais Pape, renonçant à défendre son protégé devant l'importance prise par l'affaire.

 

Condamnation et célébrité...

 

Ce second procès - tenu en 1633 - a pris toute sa place dans l'histoire, Galilée, contraint sous la menace de torture d'abjurer ses travaux, fut condamné à la prison, une peine commuée par le Pape en résidence surveillée, quant au Dialogue il se vit évidemment interdit.

 

Le célèbre "Et pourtant elle tourne" n'a certainement jamais été prononcé, et quoiqu'il en soit pas à la sortie du tribunal. Une telle audace l'aurait fait passer pour Relaps et l'aurait menacé d'un bûcher que même son protecteur Urbain VIII n'aurait pu - ou souhaité - lui éviter.

 

Assigné à résidence dans sa villa florentine, Galilée jouira d'une retraite tranquille jusqu'à son décès en 1642 à l'âge respectable de 77 ans. Plus habile et mesuré dans la présentation de ses travaux et théories, il ne fut plus inquiété par le Saint Office et vit (malgré une perte progressive de la vue) ses théories progressivement acceptées par les principaux penseurs du XVIIe.

 

Il fallut néanmoins attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que l’Église reconnaisse enfin l'évidence et finisse par lever toutes formes de censure sur les œuvres du maître italien... Elle tournait bien, en effet !

 

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