Charles Martel repousse les Arabes, un succès lourd de conséquences...

Charles Martel et la victoire des armées franques à Poitiers continuent 1 300 ans après à nourrir l'inconscient collectif.

 

Instrumentalisée par certains à l'heure où la société tend à se replier sur un communautarisme préoccupant, décriée par d'autres, récupérée par des politiques sans scrupules, la bataille de Poitiers a-t-elle dans l'histoire la place qui est la sienne.

 

Si Charles Martel et ses troupes ont réellement défait l'armée sarrasine en 732 à quelques kilomètres de Poitiers, fut-ce une victoire aussi décisive que cela et quelles en ont été les conséquences ?

 

L'Histologue s'est penché sur le destin d'un des personnages essentiels de l'histoire de France, sur le déroulement d'une bataille sacralisée et sur ses conséquences qui ne sont peut-être pas celles que l'on imagine.

 

Un peu d'histoire...

 

Fils de Pépin de Herstal, Charles devra, à l'instar de nombreux héritiers de l'époque, batailler contre sa belle-mère pour récupérer ses fiefs. Duc d'Austrasie, Charles deviendra comme son père Maire de Palais (une sorte de premier ministre dirigeant le Royaume à la place des Mérovingiens, les Rois-fainéants).

 

Une jeunesse compliquée qui allait faire du grand père de Charlemagne un dirigeant avisé et un implacable combattant.

 

Dans la première partie du VIIIe siècle, les Arabes ont conquis un immense territoire, colonisant l'Espagne et même le Narbonnais. Insatiables, ils progressent encore vers le nord, multipliant razzias, pillages et sacs de villes. Malgré la résistance du Duc d'Aquitaine, Eudes, les armées omeyyades poursuivent leur progression, obligeant le Royaume de France à intervenir.

 

 

Poitiers, une bataille pas si décisive


En réalité les troupes de Charles et d'Eudes n'ont pas à faire face à une véritable armée d'invasion. Les forces de Abd el-Rahman, gouverneur d'al-Andalus (l'Espagne) s'apparentent d'avantage à un gros détachement de cavaliers ayant mené une profonde incursion dans le nord pour multiplier les pillages.


La confrontation est néanmoins inévitable, elle aura lieu non pas à Poitiers mais à Vourneuil-sur-Vienne au Sud de Châtellerault.


Les Français vont décimer les troupes sarrasines, remportant une victoire absolue. Les Arabes survivants fuient dans une débandade confuse, accentuée par la mort de leur chef. Un décès qui n'est néanmoins pas une certitude historique, de nombreux historiens privilégiant la thèse de sa mort en 733 lors d'une nouvelle bataille remportée par les Francs.


Martel repousse les Arabes, encore et encore


Auréolé de ce succès de prestige, le jeune souverain, qui a gagné son surnom grâce à sa victoire totale et un usage meurtrier de son marteau, continue d'infliger défaites sur défaites aux Musulmans, récupérant des pans entiers du territoire national et contribuant à l'unification du Royaume.


Une "libération" qui ne se fait pas dans la douceur, le concept de réunification nationale n'est pas encore développé... Les populations libérées subissent parfois des exactions encore plus violentes émanant des troupes de Martel que des Arabes.


En 737, Charles Martel remporte une ultime bataille décisive à Berre, près de Sigean. Une confrontation entre des armées autrement plus importantes qu'à Poitiers, achevée dans une mare de sang arabe, mettant définitivement un terme aux visées expansionnistes des Maures en France.


Leurs dernières places fortes tombent dans la foulée les unes après les autres, ils ne conserveront que Narbonne (que son fils Pépin le Bref reprendra en 759).


Conséquences et certitudes


Tout d'abord, la bataille de Poitiers - qui s'est déroulée à Châtellerault - ne fut qu'une grosse escarmouche, l'affrontement décisif, en importance et en conséquences, fut sans nul doute celui de Berre cinq ans plus tard.


Mais la victoire de Poitiers tombait à point-nommé pour le jeune Charles et pour l’Église catholique, l'un et l'autre ayant le même besoin d'instrumentaliser celle-ci pour s'assurer renommée et prestige. La bataille de Poitiers fut donc présentée comme le succès homérique qu'elle n'était pas, rendant difficile de rééditer la même propagande quelques années plus tard.


Mais plus que ce finalement anecdotique petit arrangement avec l'histoire, c'est dans la réorganisation militaire et par extension sociétale découlant de la guerre contre les Arabes que va survenir un réel et profond changement.


De Poitiers va naître... la féodalité !

 

Au VIIIe siècle, l'armée est composée d'hommes libres qui répondent à l'appel en temps de guerre. Ces fantassins qui s'équipent à leurs frais, composent une armée lente à réunir et à déplacer, peu adaptée aux combats contre les cavaleries. Charles Martel a dû composer avec cette lenteur durant sa longue campagne contre les Sarrasins.

 

Difficiles de demander à ces hommes libres, souvent pauvres, d'entretenir à leurs frais chevaux et équipements adaptés ou même de s'aguerrir aux techniques complexes du combat équestre.

 

Le pouvoir royal pour y remédier distribua alors des terres à ses combattants afin de leur fournir les ressources leur offrant les moyens financiers nécessaires à ces dépenses ; en contrepartie les vassaux se devaient de répondre à tout appel de leur suzerain. Une initiative reprise par la grande aristocratie qui allait son tour distribuer terres et fiefs afin de s'assurer sa propre armée de chevaliers.

 

Le système féodal était né.