René Caillié, l'homme qui découvrit Tombouctou

C'est l'histoire d'un rêve, d'une obsession ou tout simplement la quête d'une vie...

 

Né au crépuscule du XVIIIe siècle, René Caillié est un simple fils d'employé de boulangerie né dans la campagne des Charentes-Maritimes. Rien ne disposait ce garçon frêle issu d'un milieu modeste à devenir un des grands explorateurs de ce temps - et même de l'histoire.

 

S'il faut trouver une raison à la vocation qui allait naître quelques années plus tard, c'est vraisemblablement l'emprisonnement de son père au bagne pour un larcin ridicule (et son décès après huit ans de travaux forcés) qui en fut l'élément déclencheur. Une décision sévère perçue comme inique ayant très certainement incité le jeune homme à redorer le blason familial, susceptible aussi de donner des envies d'ailleurs...

 

Orphelin à onze ans après la mort de sa mère, il quitte la France dès l'âge de 17 ans en s'embarquant sur La Loire, un navire composant l'escadre du tristement célèbre vaisseau La Méduse. Heureusement le bateau sur lequel vogue le futur explorateur atteint sans dommage le Sénégal.

 

 

L'Afrique, un enchantement... hostile !

 

Durant toute son adolescence, Caillié a rêvé de l'Afrique. Il découvre soudain Saint-Louis et les paysages enchanteurs du Sénégal, avant de rejoindre Dakar.

 

L'époque est à l'exploration ; de grandes expéditions se mettent régulièrement en place dans les pas de Mungo-Park, cet Écossais disparu quelques années plus tôt en tentant de rallier Tombouctou. Mais Caillié est pauvre, jeune, français (alors que la majorité des initiatives sont anglaises) et sans soutien. Il tente de se joindre aux diverses expéditions qui partent de l'ouest africain pour explorer le Niger et atteindre la ville mythique, en vain.

 

Il est désespéré, mais ignore qu'une fois encore le destin veille sur lui, après l'épisode de La Méduse : aucune de ces expéditions ne reviendra...

Tombouctou l'inaccessible !

 

René Caillié parvient enfin à prendre part à une expédition - celle du Major Gray - mais c'est un échec cuisant. Bloquée par un roitelet local, l'équipée ne rentrera à Dakar qu'après des mois de captivité, décimée et humiliée.

 

Malade, épuisé, désargenté, le jeune Français se résout à rentrer en France ; durant quatre ans il voyagera entre les Antilles et la métropole, ses rêves en bandoulière...

 

Ce renoncement provisoire va se révéler extrêmement bénéfique. Il gagne en maturité, met de l'argent de côté et surtout élabore la stratégie géniale qui lui permettra d'enfin atteindre Tombouctou, la ville aux toits d'or. A 25 ans, il est de retour en Afrique.

 

Mieux vaut être seul que trop accompagné

 

Toutes les expéditions parties pour Tombouctou étaient importantes, composées de dizaines ou centaines d'hommes, Caillié prend donc la décision qui s'impose : il voyagera seul !

 

Mais la ville et la région sont interdites aux Européens, il lui faudra donc se faire passer pour un Arabe.

 

Il apprend l'Arabe, le Coran, sillonne le pays dans des caravanes en invoquant son désir de conversion, subit humiliations et moqueries, vit dans le dénuement le plus absolu, mais ne renonce pas.

 

Enfin, il parle couramment l'Arabe, connaît par cœur des passages entiers du Coran, maîtrise les coutumes locales, son visage bruni s'est buriné, il peut enfin passer pour un Maure. Il lui faudra encore une année, utilisée à travailler en Sierra Leone pour économiser de quoi traverser l'Afrique, avant d'être prêt.

 

La traversée de l'Afrique !

 

Le plan de Caillié est simple - et risqué. Se faire passer pour un Égyptien, capturé lors des expéditions napoléoniennes, qui veut rentrer dans son pays après une longue captivité en France, traverser le centre du continent jusqu'à Tombouctou et remonter au nord jusqu'au Maroc.

 

Muni d'un peu d'argent, de verroterie et cadeaux divers et d'un parapluie rouge, il se joint à une première caravane. C'est un voyage de près de 4 000 kilomètres, à pied, dans un univers aride et hostile, avec le risque omniprésent d'être découvert et exécuté. Mais de caravane en caravane, Caillié progresse. Parfois, son histoire d'exilé désireux de rentrer chez lui émeut et il est bien traité, parfois la suspicion et la méfiance l'emportent, il doit alors marcher seul en rationnant ses maigres réserves.

 

Il tombe malade, victime du scorbut, reste alité plusieurs semaines, repart, doit faire escale dans des villes étapes, on le vole, l'accuse d'être un Chrétien. On le menace de mort, son parapluie rouge offert à un monarque intrigué par l'objet, lui sauve la vie. Seule sa maîtrise parfaite de l'arabe et du Coran lui permet de ne pas être découvert, il faut alors repartir...

 

Tombouctou, enfin !

 

Le voyage continue, la saison des pluies succède au soleil brulant. Caillié marche et marche toujours. De brimades en humiliations, il continue à l'arrière des caravanes ; son corps n'est que souffrance. Il doit chaque jour parcourir 20 ou 30 kilomètres dans le désert brulant, les rochers coupants ou la boue, avec les pieds en sang (le pied gauche est gravement entaillé). Il ne doit qu'à sa volonté farouche (et parfois à la bienveillance d'un conducteur de caravane) de survivre et continuer encore et toujours d'avancer.


A Djenné il touche enfin au but, il fera les ultimes kilomètres en bateau, avant - enfin - d'atteindre et découvrir Tombouctou !


Enfin, après quatre milles kilomètres dans des conditions dantesques, le 20 avril 1828, René Caillié découvre Tombouctou ; mais pas de toits en or, de palais majestueux, de mosquées magnifiques ou de jardins luxuriants, c'est une belle endormie qui étale ses façades ocres et ternes. La ville n'est pas si grande que ça, moins de 50 000 habitants, avec de nombreuses demeures abandonnées. La perle du désert s'est assoupie au fil des siècles...

Retour en France triomphal


Caillié est extrêmement déçu par la ville dont il a tellement rêvée, c'est donc le cœur léger qu'il repart après seulement quinze jours dans la cité, direction Tanger et de là la France.


Le voyage du retour est une fois encore éprouvant, l'explorateur vit un véritable calvaire puisant dans ses ultimes réserves, mais cet homme ne renonce jamais. Une splendeur l'émerveille et lui redonne le moral, Fès qu'il qualifiera de plus belle ville d'Afrique !


Enfin, Tanger et le retour en France où il est accueilli triomphalement. René Caillié est couvert de distinctions (Légion d'honneur, Prix de la Société de Géographie, Grand Prix des Explorations, etc.), de récompenses financières et de pensions diverses le mettant à l'abri.


Il publie un livre, Journal d'un voyage à Tombouctou et Jenné, qui rencontre un immense succès en librairie, avant de tomber progressivement dans l'oubli une fois retiré dans sa campagne, à Champagne dont il est devenu maire. Affaibli, démoralisé par les critiques des Anglais qui jalousent son exploit, il rêve encore de nouveaux voyages en Afrique, mais son organisme est exténué par les maladies contractées en Afrique.


Le 17 mai 1838, l'homme qui a découvert Tombouctou s'éteint, sans avoir revu la Perle de l'Afrique.

Écrire commentaire

Commentaires: 0