tomber comme a gravelotte

Une forte pluie, de la grêle et l'expression "ça tombe comme à Gravelotte" est lâchée, assez souvent par quelqu'un d'âgé, reconnaissons-le.


Si vous avez plus de trente ans, vous l'avez certainement entendue, mais savez-vous d'où vient-elle ?


D'un petit village de lorraine, pas très loin de Metz, qui a été le théâtre d'une sanglante bataille entre la France et la Prusse en 1870. En guerre depuis quelques semaines, les armées des deux pays se font face sur les communes de Saint-Privat et Gravelotte.


L'armée française sous le commandement du Maréchal Bazaine, compte 112 000 soldats, l'armée des coalisés allemands près de 190 000 dirigés par Helmuth von Moltke. En plus d'une supériorité numérique évidente, les Prussiens bénéficient d'une artillerie bien supérieure (en nombre, 732 canons contre 520 pour les Français) mais surtout en puissance. Ceux-ci sortent en effet des usines Krupp, dont la réputation n'est plus à faire, déjà, à cette époque.

 

Le déroulement

 

Pendant deux jours, les deux armées vont se livrer quelques batailles préliminaires, curieusement plutôt en faveur des troupes de Napoléon III. Mais les Généraux français, par manque d'audace, laissent plusieurs fois passer leur chance, n'osant pas pousser l'avantage acquis sur le champ de bataille. Bazaine faisant notamment preuve d'un attentisme frileux alors qu'une contre-attaque après la bataille de Mars-la-Tour aurait mis l'armée allemande en grande difficulté.

 

Le troisième jour - le 18 août - les forces ennemies sont en place, face à face, concentrées sur quelques kilomètres. Les Prussiens lancent l'offensive, après un puissant tir d'artillerie ; les Français, bien retranchés dans des tranchées creusées pendant la nuit, parviennent à repousser l'assaut. Ils vont même cette fois lancer une contre-offensive, vite annihilée une fois encore par l'artillerie germanique.

 

La deuxième offensive allemande est à nouveau repoussée, et bis repetita les Français contre-attaquent encore. Moltke réagit en engageant ses réserves pour repousser les forces hexagonales. L'armée française a vaillamment résisté, mais laissé passer sa chance.


Un déluge d'acier !


Après cinq heures de bataille violente, c'est une pluie de feu et d'acier qui s'abat sur les hommes tant bien que mal retranchés dans des abris de fortune.


L'artillerie des deux camps pilonnent le champ de bataille, les mitrailleuses crépitent, les soldats se battent parfois au corps à corps. Les baïonnettes dégoulinent de sang, les munitions s'épuisant.


Les positions françaises sont anéanties par l'artillerie allemande malgré une résistance héroïque. A 20 heures après une dizaine d'heures d'enfer, les forces françaises opèrent un repli permis par l'intervention de la garde impériale arrivée en renfort.


Bilan et conséquences


On s'est battus jusque dans les cimetières et les églises. Des milliers de cadavres jonchent le sol de Lorraine.


Les Allemands ont perdu plus de 5 000 hommes, comptent 15 000 Blessés et des centaines de disparus.


1 146 Français ont péri sur le champ de bataille, 6 700 sont blessés et plus de 4 000 ont disparu !


L'armée française s'est repliée sur Metz où elle sera encerclée et inopérante jusqu'à la fin de la guerre. Malgré des pertes supérieures, la Prusse a remporté une victoire totale qui conduira quelques mois plus tard la France à demander l'armistice et Napoléon III sur le chemin de l'exil.


Le Maréchal Bazaine sera tenu par la postérité pour le principal responsable de cette défaite. Son indécision et sa prudence excessive, lorsqu'il s'est tout d'abord agi de contre-attaquer et plus encore au cours de l'ultime bataille en refusant d'engager des réserves pourtant abondantes, contrairement à von Moltke qui n'a pas hésité lui lorsque la situation l'imposait.


La France perdra l'Alsace et la Lorraine, engendrant de fait un puissant ressentiment envers le vainqueur allemand dont l'apogée sera atteint en 44 ans plus tard...


Parallèlement cette bataille meurtrière aura mis en exergue l'importance de l'artillerie, des mitrailleuses et... des tranchées. Le décor était planté pour la grande boucherie de 14...


A Gravelotte, ce sont plus de 30 000 hommes qui sont tombés en une demi-journée.


Les dirigeants allemands, traumatisés par le nombre de leurs soldats morts sur le pré, échangeront les terrains du champ de bataille contre la ville de Belfort, qui restera française contrairement aux conditions initiales du traité de paix, pour offrir une sépulture à leurs morts.


Les balles et obus sont tombés avec une intensité meurtrière à Gravelotte, les hommes aussi...

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Commentaires: 2
  • #1

    Stéphane.E (mercredi, 23 mars 2016 09:29)

    Je connais l'expression mais j'ignorais son origine. Merci et longue vie à l'histologue !

  • #2

    Rob (samedi, 02 avril 2016 12:15)

    Je recommande la visite du musée de la guerre à Gravelotte, sur cette guerre de 1870, après la lecture de cet excellent papier evidemment