Le mystère des khazars

Le royaume Khazar, établi quatre siècles durant sur les rives de la mer Caspienne entre le VIIe et le Xe siècle, constitue une des grandes énigmes de l'histoire.

Pour deux raisons essentielles : la conversion, unique dans l'histoire, de cet empire au judaïsme et sa disparition aussi soudaine qu'inexpliquée. Une disparition en tant que civilisation sur la scène géographique du moyen-âge d'une part mais plus encore son effacement de l'histoire !

Le royaume khazar a été une grande puissance régionale, dont les frontières à son apogée s'étendaient au sud jusqu'aux montagnes du Caucase et la Mer Noire, à l'ouest à la Crimée et au Dniepr, à l'est au rivage de la Caspienne et au Nord aux plaines de l'Ukraine et du Sud de l'actuelle Russie. Au VIIIe et IXe siècle, les Khazars régnaient sur un territoire grand comme trois fois la France contemporaine !

Les Khazars étaient une peuplade nomade d'origine turque venue des steppes d'Asie qui s'est sédentarisée au début du VIIe après quelques siècles d'errance nomade sur leur nouveau territoire. Une sédentarisation qui va leur permettre de s'affirmer rapidement comme une importante puissance après une victoire décisive contre le Califat en 650. Les peuplades d'agriculteurs étant incapables de s'opposer aux puissants guerriers kazhars qui se montrent de plus extrêmement conciliants avec les croyances et coutumes de ceux-ci et leur offrent sécurité. L'Empire khazar va se développer rapidement jusqu'au milieu du VIIIe siècle durant lequel va survenir un événement unique dans l'histoire !

 

Le roi Bulan va en effet décider de convertir son royaume ou tout au moins la noblesse et les populations qui le souhaitent au judaïsme. Une conversion n'ayant rien d'une révélation mais s'apparentant avant tout à une acte politique ! Confronté à deux puissants voisins, l'empire byzantin à l'ouest - chrétien - et les
Arabes - musulmans - à l'est et au sud, le roi Bulan estima judicieux de choisir une troisième voie pour préserver l'indépendance de son royaume.

Une décision habile, l'Empire Khazar va atteindre son apogée, en puissance, en superficie, mais aussi en devenant une des principales puissances économiques de l'Europe ; Itil, la capitale, devenant une importante métropole régionale. Les Khazars ont en effet développé une aire de stabilité et de prospérité favorable au commerce et l'artisanat entre l'occident et l'orient. Les conflits entre Arabes et Byzantins étant fréquents, le territoire khazar constituait une voie alternative et sure pour les caravanes de la route de la soie. Il semblerait que la conversion au judaïsme ait de plus incité de nombreux juifs à rejoindre le royaume augmentant ainsi sa population et sa puissance.

Les khazars vont acquérir une maîtrise des métaux remarquable, qui les amènera à battre monnaie pour de nombreux petits royaumes environnants. Qui fera aussi d'eux des fabricants d'armes d'excellentes qualités et une puissance militaire redoutée.

 

L'organisation politique et militaire de ceux-ci est en effet particulière puisqu'existait un personnage original dans la royauté des Khazars : le Beck ! Si le roi (le Khagan) régnait en monarque absolu, souvent éclairé car il bénéficiait d'une formation poussée et d'un enseignement religieux incitant à la justice, la mesure et à l'humanisme (selon les standards de l'époque), le Beck avait la mainmise quasi-absolue sur les questions militaires. Choisi pour ses aptitudes en la matière, militaires évidemment, mais aussi diplomatiques et politiques, ce général en chef décidait de concert avec le roi de toutes les questions relatives à la sphère militaire, garantissant une efficacité redoutable à l'armée khazare.

 

De nouvelles menaces se profilent

 

Militaires redoutés, artisans de talent, commerçants riches, les Khazars vont aussi se révéler des diplomates avisés. Confrontés à des puissants et belliqueux voisins, ils vont s'efforcer des siècles durant de préserver leur indépendance, s'alliant parfois aux Byzantins, signant à l'occasion des traités de paix avec les Arabes tout en limitant l'expansion des Rus.

Protégés des Arabes par d'infranchissables frontières naturelles - les montagnes du Caucase, la Caspienne (parfois encore nommée Mer des Khazars par les peuples limitrophes) et la Mer Noire, alliés des Byzantins la majeure partie du temps, les Khazars doivent faire menace à deux menaces au Nord-Ouest et au Nord-Est. Si les Petchenègues à l'Est (une peuplade semi-nomade d'origine turque) ne sont pas assez
organisés et unis politiquement pour constituer un réel adversaire, hormis quelques raids occasionnels, le développement du Royaume Rus va se révéler préoccupant.

Conglomérat de populations locales (de l'actuelle Russie) et de Scandinaves (les redoutables Varègues), les Russes (Rus à l'époque) vont provisoirement "grignoter" les frontières khazares. Si le royaume juif va parvenir à contenir ses belliqueux ennemis des décennies durant, un retournement d'alliance va bientôt causer la perte des Khazars.

 

La fin de l'Empire Khazar

Si la conversion des élites dirigeantes et d'une partie du peuple a offert aux khazars les bases d'une survie dans d'excellentes conditions, il est plausible que cette décision ait fini par se révéler fatale.

Les Russes devenus chrétiens, il est alors logique que les Byzantins se rapprochent de leurs nouveaux voisins et coreligionnaires. L'ancienne Constantinople est en effet une civilisation au sein de laquelle le clergé et la religion sont tout puissants, alors qu'elle est dans le même temps confrontée à une pression militaire permanente des Arabes qui s'emparent inexorablement de pans entiers de territoires byzantins.

Royaume juif, les voisins khazars deviennent progressivement un frein au rapprochement des frères orthodoxes.

Si les Byzantins ne vont pas réellement guerroyer contre leurs anciens alliés (au moyen-age, les batailles occasionnelles entre voisins n'avaient pas la même portée qu'aujourd'hui), le soutien apporté aux Rus va sans conteste précipiter la chute des Khazars !

Peu d'écrits permettent d'avoir une connaissance précise de l'effondrement du royaume converti au judaïsme. La chute a été progressive et s'est étalée sur des décennies. Néanmoins, on sait que la prise de l'inexpugnable forteresse Sarkel (dont les ruines sont en photos ci-dessus) en 965 allait signer la fin du royaume. Un petit état indépendant subsistera bien un demi-siècle aux confins du Caucase avant de disparaître totalement à l'aube du nouveau millénaire.

 

La disparition des Khazars

Si l'histoire, notamment durant l'antiquité et le moyen-âge, a été le théâtre de la disparition de nombreux peuples et royaumes, l'effacement d'une civilisation aussi importante et développée que celle des Khazars est sans équivalent. Ils ont totalement disparu en tant qu'entité politique, ce qui est compréhensible, mais plus surprenant en tant que peuple !

On ignore en effet totalement ce que sont devenus les Khazars !

 

Une partie a sans aucun doute choisit d'être assimilée, se convertissant progressivement à la religion des nouveaux dirigeants, d'autres sont restés dans le Caucase, devenant vraisemblablement les ancêtres de ceux que l'on nomme les juifs des montagnes, mais qu'en est-il de la majeure partie de la population , Certes, tous les Khazars n'étaient pas convertis au judaïsme, ce qui a logiquement facilité leur assimilation, mais pour les millions d'autres ?

Il ne reste que très peu de traces, de manière étrange pour une civilisation qui connaissait le papier venu de Chine. Quelques correspondances avec des rabbins étrangers et des royaumes environnants, d'inestimables découvertes lors des fouilles de Sarkel et heureusement de nombreux témoignages écrits liés aux quatre siècles de diplomatie avec Byzance

Un temps les historiens ont pensé que les Khazars avaient émigré en Europe centrale pour devenir les Ashkénazes. Mais cette théorie a été remise en question, n'étant étayée par aucune preuve sérieuse. Parallèlement aucun élément dans la tradition ashkénaze, ne relie ceux-ci à un éventuel royaume khazar hébraïque. S'il s'avère cependant plausible qu'une partie de la diaspora khazare se soit établie en Europe, cette controverse sur la disparition de cette civilisation a amené récemment quelques scientifiques à émettre l'hypothèse que les Khazars ne s'étaient jamais convertis au judaïsme. Une théorie qui semble excessive, des éléments concrets existant pour démontrer l'existence du Khaganat khazar et sa conversion, mais qui relativise peut-être l'importance des populations du royaume ayant choisi d'épouser la foi des élites.

 

Bibliographie : Le vent des Khazars. Marek Halter. Editions Robert Laffont.

 

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