La bataille de KhalKhin Gol

Octobre 1941, la Wermacht est aux portes de Moscou et Leningrad ! Les forces de l'axe occupent toute l'Europe, seule l'Angleterre bien aidée par la Navy et les vaillants pilotes de la RAF résiste encore.

L'armée soviétique est en déroute, des centaines de milliers de soldats slaves sont déjà prisonniers et les Allemands ont capturé suffisamment de matériel pour équiper de nombreuses divisions. Seules les pluies diluviennes de l'automne ont ralenti les panzers, mais avec l'arrivée du gel et la fin des bourbiers les chars nazis sont à quelques kilomètres de Moscou défendue par des troupes de bric et de broc.

Et pourtant l'offensive nazie va être repoussée grâce à l'arrivée des troupes sibériennes, bien équipées et aguerries. D'inespérés et décisifs renforts rendus possibles grâce à la surprenante signature d'un pacte de non-agression entre l'URSS et le Japon pourtant allié de l'Allemagne !

Pourquoi le belliqueux empire nippon n'a-t-il pas saisi cette opportunité de poursuivre son expansion en Asie, scellant peut-être le sort de son ennemi soviétique et le cours de la guerre et même de l'histoire ?

Un élément de réponse - l'élément de réponse - est à chercher dans un obscur conflit ayant opposé les troupes des deux pays aux confins de la Mongolie extérieure quelques semaines avant le début - officiel - de la seconde guerre mondiale.

A l'origine, un simple conflit frontalier entre l'URSS désireux de protéger son allié mongol et le Japon qui cherchait à poursuivre son expansion sur ces territoires pourtant inhospitaliers, tout comme la Russie en réalité. Une rivalité sourde existe entre les deux pays ; l'URSS est revancharde depuis sa défaite en 1905 alors que le Japon n'a que mépris pour son rival historique qui s'oppose en sous-main à l'expansionnisme impérial.

 

La bataille

 

Un banal incident frontalier entre quelques cavaliers mongols et les Japonais va provoquer un progressif mais rapide engrenage aux conséquences inattendues.

 

Le 15 mai, les Japonais prennent l'initiative en bombardant un camp militaire soviétique et en détachant une première colonne de 20 000 soldats. Les premiers affrontements sont à l'avantage des Japonais qui bénéficient de l'avantage de l'offensive. En réalité ceux-ci sont mal préparés, mal équipés pour une guerre sur un territoire plat et désertique, avec un déficit de blindés et d'artillerie. Leur doctrine militaire - encerclement et destruction par une infanterie fanatisée - s'apparente à de la suffisance, due en partie à leur victoire triomphale de 1905 et aux purges staliniennes censées avoir décapité le commandement des troupes russes.

 

L'union soviétique avait pour sa part anticipé ce conflit, prévisible devant l'expansion de son adversaire en extrême-orient, détachant des troupes bien pourvues en équipement moderne (blindés, aviation, artillerie), confiées à un stratège que le monde va découvrir : Joukov.

La contre-offensive russe va d'ailleurs l'illustrer repoussant les forces nippones à leur point de départ sur la rivière Halha, leur infligeant des pertes conséquentes. Un statu quo survient alors, quelques escarmouches limitées ponctuant celui-ci, principalement des combats aériens.  

 

Le conflit aurait pu s'arrêter là, aucun des deux belligérants n'ayant de réel intérêt à un enlisement pour quelques steppes battues par les vents. Mais l'état-major japonais est orgueilleux  et prépare déjà une nouvelle offensive pour laver l'affront.

Celui-ci a mobilisé des forces importantes avec de nombreux avions et chars, mais déjà totalement dépassés pour ces derniers, estimant ces troupes largement suffisantes pour venir à bout de maigres régiments russes mal commandés et quelques cavaliers mongols.

Les généraux japonais ont cependant très mal estimé la stratégie de Staline qui pressentant l'imminence d'un conflit à l'ouest souhaite régler rapidement ce problème. Plutôt que de tergiverser avec un cessez-le-feu précaire, l'ours russe a décidé de tout mettre en œuvre pour un succès aussi total que rapide, dépêchant de toutes urgences des forces conséquentes dotées d'armements modernes.

 

Le 2 juillet, la nouvelle offensive japonaise débute avec d'importants dysfonctionnements entre les différents commandements nippons entrainant de gros défauts de synchronisation. 40 000 hommes ont été mobilisés pour tenter de prendre en tenaille l'armée de Joukov composée de seulement 12 000 unités. Des troupes bien inférieures en quantité mais équipées de 400 chars autrement plus performants que les 200 blindés adverses ; quant à l'artillerie russe elle est aussi importante en nombre que redoutable d'efficacité.

L'effet de surprise passé, les quelques kilomètres gagnés par les Japonais sont rapidement récupérés par la contre-offensive dirigée par Joukov qui a envoyé 200 blindés. Pendant trois jours c'est une furieuse et confuse mêlée qui s'engage sur les rives de l'Halha. Le commandement japonais décide alors de lancer le gros de ses forces et l'ensemble de ses divisions blindées dans la bataille pour un choc frontal censé emporter la décision.

C'est un désastre, après une légère progression les chars de l'empire du soleil levant sont anéantis par l'artillerie russe, l'offensive est rapidement enrayée et de nouveau la bataille est acharnée. Les Japonais bénéficient de l'avantage du nombre, d'une infanterie supérieure, mais l'organisation défensive en profondeur instaurée par Joukov rend inopérants les assauts de l'infanterie adverse.

Ce sont deux armées loin de leurs bases qui s'affrontent et comme souvent c'est l'intendance et la logistique qui vont faire la différence. Joukov a mis en place un ravitaillement efficace à grands renforts de camions et grâce au trans-sibérien. Dans le camp adverse les munitions commencent à manquer, la nourriture aussi, il faut dire que là où les Russes ont mobilisé plus de 2 500 camions, les Japonais ne bénéficient que de colonnes hippomobiles.

Fin juillet, une ultime offensive japonaise est décidée avec des troupes récemment arrivées, mais Joukov a lui aussi reçu des renforts. Le dernier assaut ne durera que deux jours, le temps pour l'artillerie russe d'écraser les forces nippones, contraintes de se replier et de se retrancher dans une position défensive. L'état major japonais n'a plus les moyens d'attaquer et privilégie une guerre d'usure, se nourrissant d'illusions sur ses capacités militaires et sur la supposée médiocrité de l'armée ennemie.

Pendant que les Japonais s'enterrent et attendent, des milliers de camions (plus de 4 000) débarquent chaque jour soldats et surtout matériel dans la plus totale discrétion : troupes arrivant de nuit, fausses informations divulguées à la radio, véhicules roulant à vide pour faire croire à de faux transports de troupes, travaux de terrassement factices veillant à faire croire au commandement adverse que l'armée se retranche.

Le 20 août la surprise est totale. Les Russes attaquent sur trois fronts, sud, centre et nord avançant irrémédiablement sur les deux extrêmes malgré la qualité des retranchements japonais. Mais ceux-ci manquent d'hommes, de chars, de munitions et les aviateurs russes ont acquis la maîtrise du ciel...

Engageant toutes ses réserves, Joukov fait avancer ses deux ailes au pris de lourdes pertes (de chaque côté) et en trois jours celles-ci se rejoignent après un mouvement tournant, encerclant l'armée impériale ! La tentative de briser l'étau échoue lamentablement. Conformément à sa tradition d'honneur l'armée japonaise, cernée, va poursuivre le combat, préférant parfois se jeter dans la bataille sabre au clair que se rendre. Mais le conflit est déjà terminé !

La signature du traité germano-soviétique a en effet changé la donne. L'Empereur craint en effet que cette alliance permette à Staline de redéployer des troupes supplémentaires sur le front alors que ses propres forces sont déjà bien occupées en Chine ; Staline de son côté a déjà en tête l'invasion de la Pologne...

Le 30 août chacun des belligérants campe sur ses positions et de discrètes négociations commencent, conclues par un cessez-le-feu le 15 septembre.

Bilans et conséquences :

Les Japonais reconnaissent la frontière mongole, abandonnant de fait quelques dizaines de kilomètres carrés glacés par les vents du nord.

 

Entre deux régimes totalitaires, utilisant la censure, il reste difficile de connaître les pertes de chaque camp. Les Japonais auraient enregistré plus de 20 000 morts ; les Russes un peu moins de 10 000. Mais plus que cette comptabilité macabre qui va vite paraître anecdotique à l'aube de la grande boucherie imminente, les conséquences sont indéniables.

 

En matière de stratégie, Joukov, promu général d'armée, a démontré l'importance des offensives menées par des concentrations de blindés ; à l'est aussi la guerre éclair venait de faire ses preuves ! Le futur maréchal venait de gagner sur les rives de la rivière Khalkha ses galons de sauveur de la patrie.

Échaudé par cette défaite et l'inadaptation de son armée pour de grandes offensives terrestres, le Japon n'osera jamais assister son allié allemand lors de son invasion russe. Il est pourtant indéniable que l'URSS se serait retrouvée dans une situation extrêmement délicate confrontée à une double offensive à l'ouest et à l'est. La signature d'un traité de non-agression avec le Japon ayant déjà changé le cours de la guerre en permettant à Staline de sauver Moscou au début de l'hiver 41.

En 1941 et 1942, le haut commandement japonais étudia plusieurs fois la possibilité de rompre le traité, en réponse aux demandes pressantes d'Hitler, optant finalement pour une offensive en Asie du Sud-Est et une guerre contre un autre géant...

Une théorie (plutôt crédible) est défendue par certains historiens. Les Japonais auraient accepté le principe d'une attaque surprise contre l'URSS une fois Stalingrad prise par les nazis. Ce qui pourrait effectivement expliquer l'effroyable acharnement des deux armées lors de la terrible bataille éponyme, Staline ayant été informé de cette épée de Damoclès menaçant son pays...

 

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